La Grande Illusion  (1937)
 Réalisateur:  Jean Renoir

Scénario:     Jean Renoir et Charles Spaak
Musique : Joseph Kosma.
Production : Les Réalisations d'Art Cinématographique.
Durée : 1 h 53.

Les Acteurs - Les Rôles

Jean Gabin: Lieutenant Maréchal
Marcel Dalio: Lieutenant Rosenthal
Dita Parlo: Elsa
Pierre Fresnay: Capitaine de Boëldieu
Erich von Stroheim: Capitaine von Rauffenstein
Julien Carette: L'Acteur Cartier
Gaston Modot : l'ingénieur
Jean Dasté : l'instituteur

 

En 1936: remilitarisation de la Rhénanie par l'Allemagne. Début de la guerre d'Espagne. L'Allemagne et l'Italie s'engagent largement aux côtés des nationalistes de Franco, alors que la France du Front populaire et le Royaume-Uni se neutralisent dans le respect d'accords de non-intervention.
Le film est tourné en 1937, pendant le Front populaire et au moment où les menaces de guerre se précisent. Ce film est interdit en Italie par Mussolini et Goebbels, le ministre de la propagande de l'Allemagne nazi, déclare "La Grande Illusion est l'ennemi cinématographique n°1".

   Jean Renoir (1894-1979) est le second fils du peintre impressionniste, Auguste Renoir. Aviateur, il est blessé pendant la guerre en 1916. Après guerre, l'héritage de son père lui assure la sécurité matérielle et lui permet de se lancer dans la réalisation de films dès 1924.
Jean Renoir dans les années trente devient un artiste engagé. Bouleversé par les émeutes antiparlementaires du 6 février 1934, Renoir s'engage dans le mouvement antifasciste et se rapproche des communistes. La Grande Illusion participe au grand élan du Front populaire dont le programme se résumait dans les trois mots :"le pain, la paix, la liberté". En effet, film pacifiste, La grande illusion montre les rapprochements possibles entre les hommes au delà de la division brutale que leur impose la guerre. Renoir y montre des Allemands à l'image des Français, avec les mêmes peines et les mêmes joies qu'eux. Le pacifiste Renoir met ainsi son art au service de l'amitié entre les peuples et tente de s'opposer à la fracture qui divise alors l'Europe... Grande illusion là aussi....

L'action de La Grande Illusion se passe à l'époque de la Bataille de Verdun ( février à octobre 1916) avec les prises successives du Fort de Douaumont.


De Boëldieu et Maréchel, à l'arrivée dans le camp de prisonniers.

L'avion français du capitaine de Boëldieu, un aristocrate, et du lieutenant Maréchal, un homme du peuple, est abattu par le capitaine von Rauffenstein, un aristocrate allemand. Les deux officiers sont capturés, et après plusieurs camps de prisonniers, sont internés dans celui dirigés par von Rauffenstein, qui a été blessé entre temps et ne peut plus combattre. Une amitié sincère naît entre les deux aristocrates, mais de Boëldieu est abattu par von Rauffenstein alors qu'il aide Maréchal à s'évader avec Rosenthal, un autre prisonnier français, fils d'un banquier d'origine juive. Ces derneirs sont recueillis par une paysanne allemande et parviennent finalement à passer en Suisse. Tous deux espèrent que cette guerre sera la dernière, ce qui constitue une grande illusion.

 
Ouverture d'un colis de ravitailement envoyé par les parents de Rosenthal.

 
Van Rauffenstein et De Boëldieu se serrent la main à la descente du train.

 
L'arrivée au camp dirigé par von Rauffenstein
 
De Boëldieu et Von Rauffenstein.

 Les deux aristocrates fraternisent.
De Boëldieu : Pourquoi avez-vous fait pour moi une exception en me recevant chez vous ?
Von Rauffenstein : Pourquoi ? Parce ce que vous vous appelez Boëldieu, officier de carrière dans l'armée française, etmoi, Rauffenstein; officier de carrière dans l'armée impériale d'Allemagne.
De Boëldieu : Mais ... mes camarades sont aussi des officiers.
Von Rauffenstein : un Maréchal et un Rosenthal, officers ?
De Boëldieu : Ils sont très bons soldats.
Von Rauffenstein : Ouis, joli cadeau de la Révolution française !

 De Boëldieu, Rosenthal et Maréchal

Les trois prisonniers viennent de discuter de leur évasion.

"- Maréchal : Ca fait dix-huit mois qu'on est ensemble et on se dit encore vous.
- Boëldieu : Je dis vous à ma mère et vous à ma femme.
- Maréchal : Non, alors ! (...) Ah ! Décidément, tout nous sépare."
 


 


 
Maréchal et Rosenthal
 
 De la dispute à la réconciliation.
Au cours de leur fuite, Maréchal, le mécanicien et Rosenthal, le fils de banquier, épuisés, se disputent violemment avant de se réconcilier.
Rosenthal : Si tu savais ce que je te déteste.
Maréchal : j'te jure que j'te le rends bien, va ! Veux-tu que je te dise c'que t'es pour moi ? Un colis ! Oui, un véritable colis, un boulet que je traîne au pied ! D'abord, j'ai jamais pu blairer les juifs, t'entends ?
Rosenthal : Un peu tard pour t'en apercevoir ! Mais file donc ! Qu'est-ce que t'attends pour t'en aller ? T'en crèves d'envie.
Maréchal : Fraudrait pas que tu me le dises deux fois.
Rosenthal : Fous le camp ! Fous le camp !Vite ! Vite ! Que je ne voie plus ta sale trogne !
Maréchal s'en va, abandonnant Rosenthal, mais revient après quelques minutes et les deux hommes se réconcilient et montrent leur solidarité dans le malheur.

Maréchal et Rosenthal quittent Elsa qui les avaient cachés. Après une longue marche, ils arrivent en vue de la frontière suisse.

"- Maréchal : Eh ! dis donc, t'es sûr que c'est la Suisse là-bas en face, hein ?
- Rosenthal : Aucun doute !
- Maréchal : Ca se ressemble tellement, mon vieux !
- Rosenthal : Ah ! Qu'est-ce que tu veux, la nature s'en fout ! Une frontière, ça se voit pas, c'est une invention des hommes.
- Maréchal : En tout cas, j'voudrais bien que tout soit fini. J'irai chercher Elsa.
- Rosenthal : Tu l'aimes ?
- Maréchal : Ben ! Je crois que oui.
- Rosenthal : Et pourtant, en admettant que nous passions, tu vas retourner dans une escadrille, moi dans une batterie. Nous allons reprendre la lutte.
- Maréchal : Ben ! comme les copains, faut bien qu'on la finisse cette putain de guerre.... en espérant que c'est la dernière !
- Rosenthal : Ah ! Tu te fais des illusions ! Allez ! revenons à la réalité : si on tombe sur une patrouille, qu'est-ce qu'on fait ?
- Maréchal : Eh bien ! Tu files de ton côté et puis moi du mien. On risque chacun sa chance.
- Rosenthal : Au cas où ça arriverait, disons-nous au revoir... et à bientôt.
- Maréchal : Allez au revoir, eh ! sale juif !
- Rosenthal : Au revoir vieille noix !
- Maréchal : Allez hop !
Les deux comparses descendent alors dans la vallée. Mais une patrouille allemande les aperçoit.
- Un soldat (en allemand) : feu !
- Le sergent (en allemand) : Ne tire pas, ils sont en Suisse !
- Le soldat (en allemand) : Tant mieux pour eux !"

 La critique :
- "Tous les démocrates du monde doivent voir ce film."
Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis, 1937
- "La Grande Illusion est l'ennemi cinématographique n°1."
Goebbels, ministre de la propagande nazie, 1937.
- "C'est une grande oeuvre qui honore le cinéma français et qui démontre une fois de plus que Jean Renoir est le premier de nos métteurs en scène."
L'Humanité, journal du parti communiste français, 10 juin 1937.
- "La Grande Illusion était en 1937 en retard sur son temps si l'on pense qu'un peu plus tard, dans Le Dictateur, Chaplin allait déjà brosser une peinture du nazisme et des guerres qui ne respectent pas les règles du jeu."
François Truffaut, cinéaste français, 1967.

Exercice :
1. De quel nationalité est le soldat représenté sur l'affiche ? Quel élément permet de l'identifier ?
2. Que voyez-vous dans la tache bleue au milieu de l'affiche ? D'après l'affiche, montrer qu'il s'agit d'un film pacifiste.
3. Montrer que Boëldieu et von Rauffenstein fraternisent.
4. Montrer que von Rauffenstein méprise ceux qui ne sont pas des aristocrates.
5. Cherchez en quoi le fait que Maréchal et Rosenthal sont officiers a un rapport avec la Révolution française ?
6. Que veut montrer Jean Renoir danc cette scène entre les deux aristocrates ?

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