Vivre sous l'occupation

1. La vie quotidienne


La ligne de démarcation : il faut un Ausweiss (laissez-passer) pour la franchir.

En zone libre comme en zone occupée, la vie quotidienne est difficile.


La relève. Affiche de propagande, 1943.

Après l'exode et l'envoi de prisonniers français en Allemagne (près de 2 millions), la vie reprend, mais est difficile.
Un des principaux souci est le manque de nourriture. Des produits de remplacement sont inventés ( les ersatz) et le marché noir se développe. (voir La traversée de Paris)
Les mots de la guerre.
Extrait des carnets de G et A Valloton de septembre 1941.
" Quelques mots qui deviennent courants dans notre vocabulaire : radio anglaise, légionnaire, convocation, lait écrémé, train de rapatriement, colis de prisonnier, alcool à brûler, rationnement, rafles, carte d'alimentation, ministère de la Jeunesse, sucre de raisin, pur sucre, censuré, semelles de bois, allocation, ticket de vêtement, faire la queue, bateau coulé par le fond, explusions, réfugié, communiqué, bombardement, évacuation, internés, camp d'internement, collabos, ligne de démarcation, saccharine, marché noir..."
G et A. Valloton, Carnets 1939-1944, éditions Payot, 1995.


"Economisez le pain." Affiche de la Croix rouge française, 1943.

 
Un magasin annonce les produits en manque et ceux en vente.

 
Le rationnement
La pénurie dans les villes.
A Sanary, près de Toulon.
20 avril 1941. Le ravitaillemnt empire ici : avec ou sans tickets, on ne trouve ni fromage, ni oeufs, ni beurre. Les légumes sont hors de prix.
10 mai 1941. Je fais une queue d'une heure pour du poisson. Plus de jambon chez B. Les confitures deviennent inexistantes. Nous nous rejetons sur le sucre de raisin à 20 F et en emportons 10 kg.
17 mai 1941. Queue chez l'épicier. D'abord une heure ce matin, pour me voir fermer la porte au nez sur le coup de midi. M.V. l'a faite cet après-midi à 14 h 30 et je lui ai succédé à 15 h 30 jusqu'à 18 h 15. Tout ça pour 100g de saucisson par personne, deux boîtes de sardines, du faux roquefort.
A Toulouse
4 décembre 1941. L'électricité est réduite un peu partout au point que les grands magasins sont obligés de fermer boutique.
5 décembre 1941. Le papier devient de plus en plus rare. Les enveloppes sont de plus en plus grises ou brunes et manquent de colle.
24 septembre 1941. Plus un légume à Toulouse depuis 15 jours. Queues interminables pour toucher pommes de terre ou lait. Vivons de pain et de confiture.
24 octobre 1941. On ne trouve plus une seule chemise, ni pantalon, pyjama, caleçons, bas. Au marché noir, les bas se vendent 140 F la paire (10 F l'an passé).
5 mars 1942. Menu dans les hôtels : radis, salade crue, salade cuite et parfois une mandarine.
G et A. Valloton, Carnets 1939-1944, éditions Payot, 1995.

   

Files d'attente devant des magasins après un arrivage de produits frais

2. La répression
A partir de 1942, les exécutions d'otages se multiplient, suite à des actions de résistance. Les Juifs se cachent mais peuvent être dénoncés, et risquent à tout moment d'être déportés.


Affiche bilingue du commandant en chef de la Gestapo dans le ressort de l'administration militaire en France (zone occupée).


L'annonce d'une exécution d'otages


3. Etre Juif sous l'occupation

 Sur la pancarte : "PARC A JEUX
RÉSERVÉ
AUX ENFANTS
INTERDIT
AUX JUIFS"

Roger Herman, Juif français, vivant à Paris.
"A l'école, nous avions des blouses noires et ma mère avait cousu l'étoile jaune sur la mienne.
On n'avait pas le droit de la cacher. Le port de l'étoile entraînait toute une série d'interdictions : nous ne pouvions plus aller à la piscine, ni au cinéma, ni même jouer dans les squares. J'avais l'habitude de jouer dans le square de la place de la République. Du jour au lendemain, je n'eus plus le droit d'y entrer. Alors je jouais à l'extérieur du square et mes petits camarades à l'intérieur (...)"

Texte cités dans Vie et mort des Juifs sous l'Occupation.

Hélène Rosental, Juive française, vivant à Paris.
"Je suis restée à Paris jusqu'à l'été 1942. J'avais assisté à des arrestations. On arrêtait les Polonais, les Allemands, les Autrichiens, tous juifs bien sûr. Nous autres, Juifs français, on n'imaginait pas qu'un jour cela pouvait nous arriver et j'ai été particulièrement choquée lorsqu'on a arêté ma meilleure amie. Elle était française. Je ne l'ai jamais rebue.
Nous étions sur leurs listes, mieux valait partir au plus vite (...)"
Hélène s'enfuira à Grenoble, où elle cachera ses origines juives.

Les bombardements alliés sont de plus en plus fréquents.

Les bombardements à Rouen (avril-mai 1944)
"Les premières bombes éclatèrent. L'alerte ne fut donnée qu'après ces explosions. Suivirent cinquante minutes de terreur. Près de 6 000 bombes furent jetées cette nuit-là sur la région, dont 300 sur la ville de Rouen. Sirènes, canons de la DCA, ronflement des avions, bombes, cris des blessés, apels des pompoers, ce fut une nuit infernale. Ceux qui la vécurent n'en ont conservé que le souvenir d'un cauchemar. Toute la ville n'était alors que flammes, décombres, cadavres.
Beaucoup d'habitants, qui s'étaient réfugiés dans les caves, y avaient été enterrés. Sous les maisons acroulées, des femmes et des enfants étaient murés vivants."
André Maurois, Rouen dévasté, Nagel, 1948.

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