1940 : Pétain ou de Gaulle

2. De Gaulle et la Résistance

a. La France libre

 Le 18 juin 1940, le général de Gaulle lance de Londres le premier appel à la Résistance. Il fonde la France libre. Mais il ne peut compter que sur le ralliement de quelques territoires de l'Empire et de quelques Français réfugiés à Londres. Dès 1941, la France libre dispose d'une armée de 35 000 hommes (les FFL), qui combat aux côtés des Alliés en Afrique sous le commandement du Général Leclerc et remportesa première victoire en Lybie en mars 1941.  

 
Affiche de diffusion de l'appel du 18 juin 1940

 
Un combattant français

 
Churchill et De Gaulle

 
De Gaulle passe en revue les premières forces françaises libres (FFL),
le 14 juillet 1940 à Londres

 
Affiche du comité de la France libre à Mexico.
 
"Le bulletin d'information passait de neuf heures un quart à neuf heures vint-cinq. Puis c'est Schuman : "Honneur et patrie". Nous avions tous les yeux fixés sur la pendule. Et soudain, une ampoule verte s'allumait, et Pierre Lefèvre, de sa voix jeune et sincère, son beau visage devenu grave, annonçait : "ici Londres... les Français parlent aux Français...", et nous savions qu'à cet instant dans toute la France, les Français étaient rassemblés autour de leur poste de radio et, en silence, écoutaient nos voix, qui tentaient de percer le brouillage pour arriver jusqu'à eux."
Témoignage de Jean Oberné, Jean Oberlé vous parle, La Jeune Parque, 1945.

b. La résistance intérieure

"J'entends le discours du Pétain à la radio le 17 juin. Je décide immédiatement de partir avec mon frère (...) Nous quittons Grenoble pour l'Angleterre à bicyclette (...) Mes parents décident alors de déboucher une bouteille de champagne ! Et le 19 juin, alors que j'étais en rade de Montpellier, je lis dans le Petit Dauphinois l'appel du général de Gaulle (...) Notre voyage a duré passablement longtemps parce qu'il y avait des sous-marins allemands, qu'il fallait former des convois (...) et j'ai dû arriver en Angleterre le 13 juillet, c'est-à-dire pour le défile du 14 dans les rues de Londres."
J. Bourdis, cité dans D. Rondeau et R. Stéphane, Des hommes libres, la France libre par ceux qui l'ont faite, Graset, 1997.

Les premières actions de sabotage et de contre-propagande sont d'abord organisées par des patriotes isolés. Puis des mouvements clandestins se forment. Leurs activités ont lieu en zone Nord comme en zone Sud : sabotages, renseignement, attentats, diffusion de presse cladestine. En 1941, les communistes entrent en masse dans la Résistance.

Premiers refus
En 1942, Evelyne Sullerot est élève dans un collège d'Uzès, dans le sud de la France.
"Le samedi, on défilait en chantant "Maréchal, nous voilà" (un hymne à la gloire du maréchal Pétain) et, un jour, un lundi matin, on me demande de lever le drapeau au milieu de la cour du collège. Il y avait ce jour-là, quelque chose qui avait affaire avec Jeanne d'Arc et, comme je venais de Compiegne, ville où elle avait été emprisonnée, on me demande : "Mademoiselle, voulez-vous lever le drapeau en l'honneur de Jeanne d'Arc et du maréchal Pétain notre nouvelle Jeanne d'Arc" ? Tous les professeurs et les élèves étaient rangés alentour. Je me suis avancée jusqu'au pied du mât et, d'une voix forte, j'ai crié : "Jeanne d'Arc a repoussé les ennemis hors de France. Quand le maréchal Pétain en fera autant, je lèverai le drapeau mais pas avant !" et je suis retournée à ma place. Deux heures après, les gendarmes sont venus m'arrêter."
Evelyne Sullerot, citée dans Les Combattantes de l'ombre, Albin Michel, 1997.

Comment on devient résistant
"On commençait par garder des papiers compreomettants, on passait des consignes, on hébergeait des gens en danger, puis on était engagé (...) : il fallait conserver des armes, entreprendre une mission, participer à une action (...)
Le résistant (...) apprenait à connaître les stations interminables dans les trains surchargés, les hôtels d'où il partait au petit jour avant l'arrivée de lapolice ; il essayait de ne pas avoir peur lorsque les Allemands examinaient ses faux papiers. Il faisait l'apprentissage des mille et un détails de l'action clandestine : rendez-vous dans les squares et dans les gares, changement d'itinéraires pour dépister les filatures, port de lunettes qui modifiaient les traits du visage, teinture des cheveux, etc. (...) Il apprenait peu à peu à fabriquer des faux, à enfreindre des règlements, à vivre en marge de la société ; il se méfiait de tout et de tous."
H. Michel, Histoire de la Résistance en France, PUF, 1950.

"Mon rôle consistait surtout à transporter des paquets. Une fille de 17 ans, personne ne la suspecte. Mon armoire de jeune fille était pleine de grenades, deplastic, etc. Puis je suis allée habiter dans la clinique de mon père. Il soignait et cachait onze Juifs.Nous avons aussi abrité des aviateurs anglais."
Evelyne Sullerot, citée dans Les Combattantes de l'ombre, Albin Michel, 1997.
"Un terrain accepté, on lui affectait un indicatif, qui, lancé par la radio, prévenait du parachutage. Léquipe, composée d'une dizaine d'hommes,se rendait sur les lieux, munie de lampes pour les signaux lumineux et d'un poste émetteur de TSF qui entrait en relation avec l'avion dans un rayon de dix kilomètres. Ainsi l'avion était guidé par la TSF et pouvait lâcher, sur le terrain jalonné par quatre feux de position, tout son chargement."
Témoignage de P. Dumas, Saint-Jean terroriste, Delmas, 1945.

 
Maquisards sur le point d'être exécutés le 28 mars 1944 (Saône-et-Loire)

 
Dans les maquis

 
Les maquisards, résistants du maquis de Haute-Loire
Les combats d'un maquis
En 1944, René et des amis entrent dans le maquis du Mont Mouchet en Auvergne.
" Le capitaine Bertrand, commandant la compagnie, le lendemain, nous réunit et nous remit nos armes. Ce fut un grand moment, un instant d'émotion. La distribution se fit au petit bonheur, fusil ou mitraillette.
Les premiers jours, nous nous bornons seulement à l'installation du camp et d'un système défensif. Dans la section, nous sommes une vingtaine : un adjudant, un sergent, un caporal ; comme armement collectif : trois fusils mitrailleurs ; je suis aux ordres du sergent Riberolles.
- 2 juin : première attaque allemande. Les Fritz se replient à 16 heures abandonnant sur le terrain deux camions, 70 morts."
René Crozet, Enfants de l'ombre, Horvath, 1980.
La torture et la mort au bout du chemin.
"A ma famille, à notre grand parti et aux jeunesses communistes.
Ce n'est pas sans peine que je vous écris ces dernières lignes au nom de tous mes camarades, victimes de la barbarie des teutons. Nous avons tous été arrêtés fin avril, début mai. Dans les quinze premiers jours, nous avons subi interrogatoires sur interrogatoires, accompagnés chaque fois de "passage à tabac" tels qu'ils se pratiquaient il y a cent ans. A chaque interrogatoire, on était certain de recevoir sa ration de coups de bâton avec un clou au bout, de coups de cravache et de matraque. Il fallait dénoncer les cmarades, autrement, c'était la grêle de coups qui tombait. Je vous citerai une réflexion telle qu'elle m'a été faite. "Si vous ne dites pas pa vérité, on vous passera les pieds au feu, on vous tuera aux trois-quarts et vous serez conduit au peloton d'exécution." Notre grand camarade Humbolt est mort en cellule, sans soins, la colonne vertébrale brisée par des coups reçus parce qu'il ne voulait pas dénoncer ses camarades.
Ces barbares vous font croire que vous avez une chance de sauver votre tête. Ils vous disent que l'un a dit ceci, que l'autre a dit cela, pour faire avouer ls pauvres diables qui n'ont pas le cran de résister.
Puis le 8 juillet, nous avons été conduits au tribuanl. Le procureur a réclamé des condamnations à mort pour 25 d'entre nous sur 27. Le tribunal a réduit ensuite à 22 le nombre des condamnés à mort. Nous sommes sortis sans bruit, le sourire aux lèvres. Ce qui me rend heureux, c'est le cran et le courage montrés par les camarades."
Lettre de Joseph Delobel, Arras, 16 juillet 1942.

 

 

Le chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines,
ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu'on enchaîne ?
Ohé partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme,
Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades !
Ohé les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !
Ohé saboteur, attention à ton fardeau, dynamite !

C'est nous qui brissons les barreaux des prisons pour nos frères,
La haine à nos trousse et la faim qui nous pousse, la misère,
Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves.
Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève.

Ici, chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait, quand il passe.
ami, si tu tombes, un ami sort de l'ombre à ta place.
Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes,
Sifflez, compagnons, dans la nuit, la laberté nous écoute.

J. Kessel et M. Druon, 1943

"Un ingénieur électricien nous remit un exemplaire d'un journal clandestin, Pantagruel. Ce canard avait un appétit féroce de nouvelles très déplaisantes pour l'autorité occupante : ce n'était pas encore (...) des nouvelles de victoires surle front terrestre ou maritime, mais déjà l'échec de la tentative d'invasion de l'Angleterre, et les résultats catastrophiques pour le maréchal Göring et sa Lufwaffe de la bataille d'Angleterre pouvaient être commentés et redonner espoir aux populations jusque là atterrées par la défaite de juin 1940. Ce journal servait aussi à tester les réactions des gens de notre connaissance à qui nous le distribuions, afin de pouvoir les classer : "amorphes", "sympathisants", "résistants potentiels". Il fallait savoir " à qui nous pouvions demander quoi".
Témoignage de Jacques Richard-Mounet, Jusqu'au bout de la Résistance, Stock, 1997.

 
Des journaux clandestins

 
La "Une" du journal Libération

Le développement du mouvement Libération.
(Raymond Aubrac est un des fondateurs du mouvement Libération)
"Au début nous ne nous contentions pas de laisser des tracts sur les tables des cafés ou de les glisser dans des boîtes aux lettres. La partie la plus prenante de notre activité était le recrutement qui consistait à engager la conversation au sujet de tout ou rien pour sonder l'interlocuteur.
Dès 1941, nous avions compris qu'il fallait faire porter nos efforts sur l'information, qu'on appela rapidement propagnade, pour dénoncer sans relâche le pillage du pays par l'occupant et l'appui sans réserves que lui prêtait Vichy sans contrepartie. L'idée de produire un journal s'imposa assez vite. Le premier numéro de Libération sortit en juillet 1941. Les "porteurs de valises" sillonnaient la zone sud et livraient leurs paquets à Lyon, Grenoble, Marseille, Avignon, Montpellier. Dans chaque ville, la distribution était organisée jusqu'à la remise de chaque journal individuellement. (...)
En 1942, l'exemple de Combat et plus encore la mission de Jean Moulin, nous avaient convaincus de créer dans notre organisation un secteur orienté vers l'action militaire, et j'avais été chargé de le mettre sur pied. Les militants motivés pour le combat armé devaient s'organiser en petits groupes et se procurer des armes en attendant le moment où nous pourrions en obtenir pour eux. Leur tâche était de repérer les points vulnérables chez l'adversaire, en l'occurence l'appareil répressif de Vichy. Il leur revenait également d'effectuer des actions de sabotage dans les usines, les dépôts, et les communications utiles à l'ennemi..."
Extrait de Raymond Aubrac, Où la mémoire s'attarde, Odile Jacob, 1996.

 

 

Des déraillements provoqués par la Résistance.

"La tactique la plus efficace fut celle des groupes de Francs Tireurs, étroitement coordonnés entre eux (...). Le groupe se réunissait pour agir à l'endroit et au moment choisis par lui, déclenchait une attaque inopinée, brutale et brève, puis se disloquait et disparaissait, rendant sans objet une contre-attaque et plus difficiles les recherches policières.Le groupe restait en contact avec son milieu de travail (...) la journée ; nous recommandions par exemple aux cheminots de tenir le plus longtemps possible dans leurs gares. Ainsi, on forçait l'ennemi à diviser ses forces, on menaçait constamment ses moyens de transport, son matériel de guerre, ses sources de ravitaillement ; par dessus tout, on visait à saper son moral (...). Chaque groupe était enfin une école de combat pour former des cadres pour d'autres groupes et plus tard des unités plus importantes.
Témoignage de CH. Tillon, Chef des francs-Tireurs Partisans (FTP), Que faire n°4, 1970.

c. L'unification des résistances

 
Jean Moulin,
unificateur de la Résistance.

Jean Moulin (1899-1943)

Né à Béziers, Jean Moulin est préfet à Chartres au début de la guerre. En juin 1940, il tente de se suicider pour ne pas avoir à signer un document que lui présentent les Allemands.
Il est révoqué par le gouvernement de Vichy, se rallie au général de Gaulle et gagne Londres. Il est ensuite parachuté en France pour regrouper et unifier la Résistance sous l'autorité de De Gaulle. En mai 1943, il parvient à regrouper les mouvements de résistance dans un Conseil national de la Résistance qu'il préside. Trahi, il est arrêté à Caluire, dans la banlieue lyonnaise, par la Gestapo (21 juin 1943) et torturé. Il meurt le 8 juillet 1943 dans un train vers l'Allemagne.

"Pendant sept heures, jai été mis à la torture physiquement et moralement. Je sais qu'aujourd'hui je suis allé à la limite de ma résistance. Je sais ausi que demain, si cela recommence, je finirai par signer (...) Tout plutôt que cela, tout, même la mort.(...) J'ai compris le parti que je pourrai tirer de ces débris de verre qui jonchent le sol. Je pense qu'ils peuvent trancher une gorge à défaut d'un couteau. Quand la résolution est prise, il est simple d'exécuter les gestes nécessaires à l'accomplissement (...) de son devoir (...). J'ai perdu beaucoup de sang.(...) Mais la vie n'a pas fui... Pourvu que tout soit fini quand ils reviendront et qu'ils ne retrouvent plus à ma place qu'une chose inerte, qui ne peut signer !"
J.Moulin, Premier combat, Les Editions de Minuit, 1983.
Il écrit ce journal des premiers jours de guerre, à Montpellier, au printemps 1941.

C'est à Jean Moulin que De Gaulle confie en 1942 l'unification des différents mouvements de résistance. Les maquis se multiplient en effet à cause de l'invasion de la zone sud par les Allemands et du STO.
"Au fur et à mesure que le Gouvernement du Maréchal (...) prenait des mesures d'inspiration nazie, (...) s'est opéré un rapprochement avec les Forces françaises libres et leur chef, le général de Gaulle. dès la fin du printemps de 1941, si j'en avais ressenti le besoin (...) pour éviter l'émiettement de la Résistance en groupes et groupuscules... C'est autour de de Gaulle, pensais-je, qu'il faut se rassembler (...) placé dans la capitale du monde libre en guerre, visant comme nous à la libération et à la victoire, pouvant parler en notre nom (...), personne mieux que lui ne peut être le symbole et le porte-parole de la Résistance".
Témoignage de Henri frenay, dirigeant du mouvement "Combat", La nuit finira, Mémoires de la Résistance - tomeI, 1940-1943, Laffont-Opéra Mundi, 1973.

Le Conseil national de la Résistance rassemble la plupart des syndicats, partis politiques et mouvements résistants. En 1944, il propose au Gouvernement provisoire de la République, présidé par de Gaulle, le programme qui fera de la France une démocratie.

Programme du Conseil national de la Résistance, 15 mars 1944.
Les représentants des mouvemens, groupements, partis ou tendances politiques, groupés au sein du CNR, proclament qu'ils sont décidés à rester unis après la libération :
1. Afin d'établir le gouvernement provisoire de la République formé par le général De Gaulle pour défendre l'indépendance politique et économique de la nation, rétablir la France dans sa puissance, dans sa grandeur et dans sa mission universelle;
2. Afin de veiller au châtiment des traîtres (...)
4. Afin d'assurer :
- l'établissement de la démocratie la plus large en rendant la parole au peuple français par le rétablissement du suffrage universel ;
- la pleine liberté de pensée, de conscience et d'expression;
- la liberté d la presse (...);
- la liberté d'association, de runion, de manifestation;
- l'inviolabilité du domicle et le secret de la correspondance;
- le respect de la personne humaine;
- l'égalité absolue de tous les citoyens devant la loi;
5. Afin de promouvoir les réformes indispensables :
a) Sur le plan économique :
- l'instauration d'une véritable démocratie économique et sociale (...);
- le retour à la nation des grands moyens de production, des sources d'énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d'assurances et des grandes banques;
b) Sur le plan social :
- (...) la reconstitution, dans ses libertés traditionnelles, d'un syndicalisme indépendant (...);
- un plan complet de sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail.
c) Une extension des droits politiques, sociaux et économiques des populations indigènes et coloniales (...).

Les FFI (Forces fraçaises de l'intérieur) participent à la libération de la France en 1944, en organisant le sabotage des voies de communication et le déclenchement d'insurrections.


De Gaulle dans Paris libéré (août 1944) : le 26 août 1944,
De Gaulle remonte les Champs-Elysées, de l'Etoile à la Concorde.
A ses côtés, les chefs de la Résistance intérieure.