Les peintres et la première Guerre mondiale.


La déclaration de guerre.

Max Beckmann, Der Kriegsausbruch (La Déclaration de guerre), 1914, pointe-sèche.

Alfred Kubin, Die Kriegsfackel (La torche de la guerre), 1914, Oberösterreichisches Landesmuseum, Linz.


" Un huissier prenant la mine d'un ordonnateur des Pompes funèbres soucieux de ménager la famille, nous a dit : ' Messieurs, allez au bureau de poste de la rue Rabelais... Allez-y vite, vous serez les premiers. '
Les premiers à quoi ?
Les premiers, en effet, à lire sur le papier bleu des télégrammes ordinaires le texte manuscrit de l'ordre de mobilisation générale. Un garçon de bureau collait ça au-dessus de la boîte aux imprimés. Des passants constituèrent avec nous un groupe s'enflant de seconde en seconde. ' Lisez haut ! ' cria quelqu'un. Il n'y avait que peu à lire, mais c'était un texte clair. L'un de nous articula ce texte bref et redoutable. Il y eut autour de nous comme un souffle indéfinissable. Un cri s'éleva : ' Vive la France ! ' "

André Salmon, Souvenirs sans fin, Deuxième époque (1908-1920), Paris, Gallimard, 1956.

Les soldats, la souffrance et la mort


Fernand Léger, La partie de cartes, 1917, huiile sur toile,Kröller-Müller Museum Otterlo.

 


C. R. W. Nevinson, French Troops Resting (Troupes au repos), 1916, huile sur toile, 71 x 91,5 cm, Imperial War Museum, Londres.


Maurice Denis, Soirée calme en première ligne, 1917, huile sur toile, Musée d'histoire contemporaine - BDIC, Paris.

En 1917, Denis (1870-1943) est de ces peintres qui sont sollicités par l'Etat-Major pour se rendre sur le front et en rapporter des tableaux.

C. R. W. Nevinson, Returning to the Trenches (Retour aux tranchées), 1914-15, huile sur toile, 51 x 76 cm, National Gallery of Canada, Ottawa.

Max Beckmann, Die Operation (L'opération), 1914, pointe-sèche sur papier, 29,8 x 43,4 cm.

Ossip Zadkine, Loude, 1916, encre de Chine et aquarelle sur papier, 26 x 33,5 cm, Musée d'histoire contemporaine - BDIC, Paris.



Ossip Zadkine, Ambulance russe, 1917, fusain sur papier, 25,5 x 33 cm, Musée d'histoire contemporaine - BDIC, Paris.


Eric Kennington, Gassed and Wounded (Gazés et blessés), 1918, huile sur toile, 71,1 x 91,4 cm, Imperial War Museum, Londres.

" Dans le gouffre horizontal qui, de brancard en brancard, s'allonge en se rapetissant, à perte de vue, jusqu'au blême orifice de jour, dans ce vestibule désordonné où çà et là clignotent de pauvres flammes de chandelle qui rougeoient et paraissent fiévreuses, et où se jettent de temps en temps des ailes d'ombres, un remous s'élève on ne sait pourquoi ? On voit s'agiter le bric-à-brac des membres et des têtes, on entend des appels et des plaintes se réveiller l'un l'autre, et se propager, tels des spectres invisibles. Les corps étendus ondulent, se replient, se retournent. "
Henri Barbusse, Le Feu.

Sir Stanley Spencer, Travoys Arriving with Wounded at a Dressing Station at Smol, Macedonia, September 1916 (Les blessés à Smol, Macédoine, septembre 1916), 1919, huile sur toile, 183 x 218,5 cm, Imperial War Museum, Londres.

C. R. W. Nevinson, La Patrie, 1916, huile sur toile, 60,8 x 92,5 cm, City Museum and Art Gallery, Birmingham.

" On s'arrête enfin, après combien d'heures ? D'autres bras vous ballottent, chair exténuée, vidée de sang. J'ai dû me passer les doigts sur le visage, car des taches poisseuses me raidissent la peau en séchant. Je vais être joli quand elles viendront à moi, ces deux infirmières lentes qui marchent au pied des brancards, et, vers chaque blessé, se penchent un instant. Une main m'a cloué sur la tête mon képi neuf de Verdun, mon 'pot à fleurs' d'un bleu si suave. Quelle tête de Pierrot pâle et barbouillé de sang, sous mon beau képi tout neuf ! (...)
Il flotte une odeur écurante, de coaltar, d'eau de Javel et de sang fade.
'Un lieutenant du 106, docteur.'
Ils me touchent, une aiguille me pique encore. Je vois pourtant la vareuse sombre du major entre les deux infirmières blanches. Ils me parlent. Je réponds : 'Oui, oui...' Et la voix du docteur prononce :
'Inévacuable. Hôpital militaire.' "
Maurice Genevoix, Ceux de 14.

Pierre Bonnard, Un village en ruines près de Ham, 1917, huile sur toile, 63 x 85 cm, Musée d'histoire contemporaine - BDIC, Paris.
 
" En quelques jours, l'action de l'artillerie lourde avait transmué un pacifique gîte d'étape en un spectacle d'horreur. Des maisons entières avaient été aplaties ou fendues en deux par un coup de plein fouet, si bien que les chambres avec leur mobilier pendaient comme des coulisses de théâtre au-dessus du chaos. Un fumet de cadavres sortait de beaucoup de ces décombres, car le premier bombardement avait aussi complètement surpris par sa soudaineté les habitants, et en avait enterré un grand nombre sous les ruines, avant qu'ils n'eussent pu sortir de chez eux. Une petite fille gisait devant un seuil au milieu d'une flaque rouge. (...) Les rues n'étaient plus que des pistes étroites qui zigzaguaient à travers et par-dessus d'énormes monticules de poutres et de maçonnerie. Les légumes et les fruits pourrissaient dans les jardins retournés par les obus. "
Ernst Jünger, Orages d'acier.

 

Félix Vallotton, L'église de Souain en silhouette, 1917, huile sur toile, 97 x 130 cm, National Gallery of Art, Washington.


John Singer Sargent, A Street in Arras (Une rue d'Arras), 1918, aquarelle, 39 x 52 cm, Imperial War Museum, Londres.

 " Le village a disparu. Jamais je n'ai vu une pareille disparition de village. (...) Ici, dans le cadre des arbres massacrés - qui nous entourent, au milieu du brouillard, d'un spectre de décor - plus rien n'a de forme : il n'y a même pas un pan de mur, de grille, de portail, qui soit dressé, et on est étonné de constater qu'à travers l'enchevêtrement de poutres, de pierres et de ferraille, sont des pavés : c'était, ici, une rue !
On dirait un terrain vague et sale, marécageux, à proximité d'une ville, et sur lequel celle-ci aurait déversé pendant des années régulièrement, sans laisser de place vide, ses décombres, ses gravats, ses matériaux de démolition et ses vieux ustensiles : une couche uniforme d'ordures et de débris parmi laquelle on plonge et l'on avance avec beaucoup de difficulté, de lenteur. "
Henri Barbusse, Le feu.

William Orpen, Dead Germans in a Trench (Allemands morts dans une tranchée), 1918, huile sur toile, 91,4 x 76,2 cm, Imperial War Museum, Londres.

Félix Vallotton, Les barbelés, 1916, xylographie, 25,2 x 33,5 cm, Galerie Paul Vallotton, Lausanne.

André Mare, La tranchée de Zillebecke, bois du sanctuaire, 29 mai 1916, Carnet 5, aquarelle, Historial de la Grande Guerre, Péronne.

Luc-Albert Moreau, Octobre 1917, attaque du Chemin des Dames, 1917, encre, Musée d'histoire contemporaine - BDIC, Paris.

C. R. W. Nevinson, Paths of Glory (Les chemins de la gloire), 1917, huile sur toile, 45,7 x 61 cm, Imperial War Museum, Londres.

" A côté de têtes noires et cireuses de momies égyptiennes, grumeleuses de larves et de débris d'insectes, où des blancheurs de dents pointent dans les creux ; à côté de pauvres moignons assombris qui pullulent là, comme un champ de racines dénudées, on découvre des crânes nettoyés, jaunes, coiffés de chéchias de drap rouge dont la housse grise s'effrite comme du papyrus. Des fémurs sortent d'amas de loques agglutinées par de la boue rougeâtre, ou bien, d'un trou d'étoffes effilochées et enduites d'une sorte de goudron, émerge un fragment de colonne vertébrale. Des côtes parsèment le sol comme de vieille cages cassées et, auprès, surnagent des cuirs mâchurés, des quarts et des gamelles transpercés et aplatis. (...) Parfois des renflements allongés - car tous ces morts sans sépultures finissent tout de même par entrer dans le sol - un bout d'étoffe seulement sort - indiquant qu'un être humain s'est anéanti en ce point du monde. "
Henri Barbusse, Le feu.

William Orpen, Thiepval, 1917, huile sur toile, 63,5 x 76,2 cm, Imperial War Museum, Londres.

Le souvenir.

Félix Vallotton, Le cimetière de Châlons-sur-Marne, 1917, huile sur toile, 54 x 80 cm, Musée d'histoire contemporaine - BDIC, Paris.

John Lavery, The Cemetery, Etaples (Le cimetière, Etaples), 1919, huile sur toile, 59 x 90 cm, Imperial War Museum, Londres.

Tous ces tableaux sont tirés d'un site : La couleur de larmes, les peintres devant la Première guerre mondiale.

http://www.art-ww1.com/fr/visite.html