Le bourgeois gentilhomme

 

Molière

 


Jean-Baptiste Poquelin naît en 1662. Son père est tapissier du roi. Après d'excellentes études, il renonce à prendre la succession de sonpère et monte une troupe de comédiens ambulants. Il prend le pseudonyme de Molière. A partir de 1668, il est installé à Paris où il a son théâtre. Il joue de nombreuses comédies devant le plublic parisien ou dans les châteaux royaux devant le roi et la cour. Il meurt en 1673 après une représentation du malade imaginaire.


Le bourgeois gentilhomme, Paris, 1682, Bibliothèque municipale, Versailles

 
Monsieur Jourdain habillé en gentilhomme, Bibliothèqe de l'Arsenal, Paris

 M. Jourdain, dont le père s'est enrichi en vendant du drap, et qui est bien niais, entend acquérir les manières des aristocrates de la cour. Il décide de commander un nouvel habit plus approprié à sa nouvelle condition de gentilhomme et se lance dans l'apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables. Tous ces maîtres parlent avec mépris de ce parvenu.

Les remarques de Mme Jourdain et de leur servante Nicole ne font que pousser M. Jourdain à s'entêter dans ses rêves de noblesse : il se lie avec le comte Dorante qui en profite pour lui soutirer de l'argent, rêve de se remarier avec la marquise Dorimène et de marier sa fille Lucile à un gentilhomme. Celle-ci est amoureuse de Cléonte, qui fait en vain sa demande en mariage avant de décider, avec l'aide de son valet Covielle, de se faire passer pour le fils du Grand Turc et de monter une fausse cérémonie. A la fin de la pièce, M. Jourdain se croit parvenu à la plus haute noblesse tandis que tous ceux qui l'entouraient sont parvenus à leurs fins à ses dépens.


ACTE II,
SCÈNE V

MAÎTRE TAILLEUR, GARÇON TAILLEUR, portant l'habit de M. Jourdain, MONSIEUR JOURDAIN, LAQUAIS.

 MONSIEUR JOURDAIN.- Ah vous voilà. Je m'allais mettre en colère contre vous.

MAÎTRE TAILLEUR.- Je n'ai pas pu venir plus tôt, et j'ai mis vingt garçons après votre habit.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous m'avez envoyé des bas de soie si étroits, que j'ai eu toutes les peines du monde à les mettre, et il y a déjà deux mailles de rompues*.

MAÎTRE TAILLEUR.- Ils ne s'élargiront que trop.

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, si je romps toujours des mailles. Vous m'avez aussi fait faire des souliers qui me blessent furieusement.

MAÎTRE TAILLEUR.- Point du tout, Monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN.- Comment, point du tout?

MAÎTRE TAILLEUR.- Non, ils ne vous blessent point.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je vous dis qu'ils me blessent, moi.

MAÎTRE TAILLEUR.- Vous vous imaginez cela.

 

MONSIEUR JOURDAIN.- Je me l'imagine, parce que je le sens. Voyez la belle raison.

MAÎTRE TAILLEUR.- Tenez, voilà le plus bel habit de la cour, et le mieux assorti. C'est un chef-d'uvre, que d'avoir inventé un habit sérieux, qui ne fût pas noir; et je le donne en six coups aux tailleurs les plus éclairés.

MONSIEUR JOURDAIN.- Qu'est-ce que c'est que ceci? Vous avez mis les fleurs en enbas*.

MAÎTRE TAILLEUR.- Vous ne m'aviez pas dit que vous les vouliez en enhaut.

MONSIEUR JOURDAIN.- Est-ce qu'il faut dire cela?

MAÎTRE TAILLEUR.- Oui, vraiment. Toutes les personnes de qualité les portent de la sorte.

MONSIEUR JOURDAIN.- Les personnes de qualité portent les fleurs en enbas?

MAÎTRE TAILLEUR.- Oui, Monsieur.

MONSIEUR JOURDAIN.- Oh voilà qui est donc bien.

MAÎTRE TAILLEUR.- Si vous voulez, je les mettrai en enhaut.

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, non.

MAÎTRE TAILLEUR.- Vous n'avez qu'à dire.

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, vous dis-je, vous avez bien fait. Croyez-vous que l'habit m'aille bien*?

MAÎTRE TAILLEUR.- Belle demande. Je défie un peintre, avec son pinceau, de vous faire rien de plus juste. J'ai chez moi un garçon qui, pour monter une rhingrave*, est le plus grand génie du monde; et un autre, qui pour assembler un pourpoint, est le héros de notre temps.

MONSIEUR JOURDAIN.- La perruque, et les plumes, sont-elles comme il faut?

MAÎTRE TAILLEUR.- Tout est bien.

MONSIEUR JOURDAIN, en regardant l'habit du tailleur.- Ah, ah, Monsieur le tailleur, voilà de mon étoffe du dernier habit que vous m'avez fait. Je la reconnais bien.

MAÎTRE TAILLEUR.- C'est que l'étoffe me sembla si belle, que j'en ai voulu lever un habit* pour moi.

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, mais il ne fallait pas le lever avec le mien*.

MAÎTRE TAILLEUR.- Voulez-vous mettre votre habit?

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, donnez-le-moi.

MAÎTRE TAILLEUR.- Attendez. Cela ne va pas comme cela. J'ai amené des gens pour vous habiller en cadence, et ces sortes d'habits se mettent avec cérémonie. Holà, entrez, vous autres. Mettez cet habit à Monsieur, de la manière que vous faites aux personnes de qualité.

Quatre garçons tailleurs entrent, dont deux lui arrachent le haut-de-chausses de ses exercices, et deux autres la camisole, puis ils lui mettent son habit neuf; et M. Jourdain se promène entre eux, et leur montre son habit, pour voir s'il est bien. Le tout à la cadence de toute la symphonie.

GARÇON TAILLEUR.- Mon gentilhomme*, donnez, s'il vous plaît, aux garçons quelque chose pour boire.

MONSIEUR JOURDAIN.- Comment m'appelez-vous?

GARÇON TAILLEUR.- Mon gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN.- "Mon gentilhomme!" Voilà ce que c'est, de se mettre en personne de qualité. Allez-vous-en demeurer toujours habillé en bourgeois, on ne vous dira point "mon gentilhomme*". Tenez, voilà pour "Mon gentilhomme."

GARÇON TAILLEUR.- Monseigneur, nous vous sommes bien obligés.

MONSIEUR JOURDAIN.- "Monseigneur", oh, oh! "Monseigneur"! Attendez, mon ami, "Monseigneur" mérite quelque chose, et ce n'est pas une petite parole que "Monseigneur." Tenez, voilà ce que Monseigneur vous donne.

GARÇON TAILLEUR.- Monseigneur, nous allons boire tous à la santé de Votre Grandeur.

MONSIEUR JOURDAIN.- "Votre Grandeur" Oh, oh, oh! Attendez, ne vous en allez pas. À moi, "Votre Grandeur!" Ma foi, s'il va jusqu'à l'Altesse, il aura toute la bourse. Tenez, voilà pour Ma Grandeur.

GARÇON TAILLEUR.- Monseigneur, nous la remercions très humblement de ses libéralités.

MONSIEUR JOURDAIN.- Il a bien fait, je lui allais tout donner.

Les quatre garçons tailleurs se réjouissent par une danse, qui fait le second intermède.

Quels arguments utilise le tailleur pour convaincre M. Jourdain de la beauté de son habit ?
Relevez les termes successifs dans lesquels il s'adresse à M. Jourdain. Quel effet provoquent-ils sur M. Jourdain ?


ACTE III, SCÈNE XII

 MONSIEUR JOURDAIN, MADAME JOURDAIN, CLÉONTE, LUCILE, COVIELLE, NICOLE.

CLÉONTE.- Monsieur, je n'ai voulu prendre personne pour vous faire une demande que je médite il y a longtemps. Elle me touche assez pour m'en charger moi-même; et sans autre détour, je vous dirai que l'honneur d'être votre gendre est une faveur glorieuse que je vous prie de m'accorder.

MONSIEUR JOURDAIN.- Avant que de vous rendre réponse, Monsieur, je vous prie de me dire, si vous êtes gentilhomme.

CLÉONTE.- Monsieur, la plupart des gens sur cette question, n'hésitent pas beaucoup. On tranche le mot aisément. Ce nom ne fait aucun scrupule à prendre, et l'usage aujourd'hui semble en autoriser le vol. Pour moi, je vous l'avoue, j'ai les sentiments sur cette matière un peu plus délicats. Je trouve que toute imposture est indigne d'un honnête homme, et qu'il y a de la lâcheté à déguiser ce que le Ciel nous a fait naître; à se parer aux yeux du monde d'un titre dérobé, à se vouloir donner pour ce qu'on n'est pas. Je suis né de parents, sans doute, qui ont tenu des charges honorables. Je me suis acquis dans les armes l'honneur de six ans de services, et je me trouve assez de bien pour tenir dans le monde un rang assez passable: mais avec tout cela je ne veux point me donner un nom où d'autres en ma place croiraient pouvoir prétendre; et je vous dirai franchement que je ne suis point gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN.- Touchez là*, Monsieur. Ma fille n'est pas pour vous.

CLÉONTE.- Comment?

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous n'êtes point gentilhomme, vous n'aurez pas ma fille.

MADAME JOURDAIN.- Que voulez-vous donc dire avec votre gentilhomme? Est-ce que nous sommes, nous autres, de la côte de saint Louis*?

 
La leçon d'armes de M. Jourdain.

MONSIEUR JOURDAIN.- Taisez-vous, ma femme, je vous vois venir.

MADAME JOURDAIN.- Descendons-nous tous deux que* de bonne bourgeoisie?

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà pas le coup de langue?

MADAME JOURDAIN.- Et votre père n'était-il pas marchand aussi bien que le mien?

MONSIEUR JOURDAIN.- Peste soit de la femme. Elle n'y a jamais manqué. Si votre père a été marchand, tant pis pour lui; mais pour le mien, ce sont des malavisés qui disent cela. Tout ce que j'ai à vous dire, moi, c'est que je veux avoir un gendre gentilhomme.

MADAME JOURDAIN.- Il faut à votre fille un mari qui lui soit propre*, et il vaut mieux pour elle un honnête homme riche et bien fait, qu'un gentilhomme gueux* et mal bâti.

NICOLE.- Cela est vrai. Nous avons le fils du gentilhomme de notre village, qui est le plus grand malitorne* et le plus sot dadais que j'aie jamais vu.

MONSIEUR JOURDAIN.- Taisez-vous, impertinente. Vous vous fourrez toujours dans la conversation; j'ai du bien assez pour ma fille, je n'ai besoin que d'honneur, et je la veux faire marquise.

MADAME JOURDAIN.- Marquise!

MONSIEUR JOURDAIN.- Oui, marquise.

MADAME JOURDAIN.- Hélas, Dieu m'en garde.

MONSIEUR JOURDAIN.- C'est une chose que j'ai résolue.

MADAME JOURDAIN.- C'est une chose, moi, où je ne consentirai point. Les alliances avec plus grand que soi, sont sujettes toujours à de fâcheux inconvénients. Je ne veux point qu'un gendre puisse à ma fille reprocher ses parents, et qu'elle ait des enfants qui aient honte de m'appeler leur grand-maman. S'il fallait qu'elle me vînt visiter en équipage de grand-dame, et qu'elle manquât par mégarde à saluer quelqu'un du quartier, on ne manquerait pas aussitôt de dire cent sottises. "Voyez-vous*, dirait-on, cette Madame la Marquise qui fait tant la glorieuse? C'est la fille de Monsieur Jourdain, qui était trop heureuse, étant petite, de jouer à la Madame avec nous: elle n'a pas toujours été si relevée que la voilà; et ses deux grands-pères vendaient du drap auprès de la porte Saint-Innocent. Ils ont amassé du bien à leurs enfants, qu'ils payent maintenant, peut-être, bien cher en l'autre monde, et l'on ne devient guère si riches à être honnêtes gens." Je ne veux point tous ces caquets, et je veux un homme en un mot qui m'ait obligation de ma fille, et à qui je puisse dire: "Mettez-vous là, mon gendre, et dînez avec moi".

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà bien les sentiments d'un petit esprit, de vouloir demeurer toujours dans la bassesse. Ne me répliquez pas davantage, ma fille sera marquise en dépit de tout le monde; et si vous me mettez en colère, je la ferai duchesse.

MADAME JOURDAIN.- Cléonte, ne perdez point courage encore. Suivez-moi, ma fille, et venez dire résolument à votre père, que si vous ne l'avez, vous ne
voulez épouser personne.

Quel métier exerçait le père de M. Jourdain ?
Que désire M. Jourdain pour sa fille ?
D'après Mme Joudain, quels inconvénients pourraient résulter de ces projets ?
Pourquoi M. Jourdain s'entraine-t-il au maniement des armes ?

ACTE IV, SCÈNE III

COVIELLE, déguisé en voyageur, MONSIEUR JOURDAIN, LAQUAIS.

COVIELLE.- Monsieur, je ne sais pas si j'ai l'honneur d'être connu de vous.

MONSIEUR JOURDAIN.- Non, Monsieur.

COVIELLE.- Je vous ai vu que vous n'étiez pas plus grand que cela.

MONSIEUR JOURDAIN.- Moi!

COVIELLE.- Oui, vous étiez le plus bel enfant du monde, et toutes les dames vous prenaient dans leurs bras pour vous baiser.

MONSIEUR JOURDAIN.- Pour me baiser!

COVIELLE.- Oui. J'étais grand ami de feu Monsieur votre père.

MONSIEUR JOURDAIN.- De feu Monsieur mon père!

COVIELLE.- Oui. C'était un fort honnête gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN.- Comment dites-vous?

COVIELLE.- Je dis que c'était un fort honnête gentilhomme.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mon père!

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous l'avez fort connu?

COVIELLE.- Assurément.

MONSIEUR JOURDAIN.- Et vous l'avez connu pour gentilhomme?

COVIELLE.- Sans doute.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je ne sais donc pas comment le monde est fait.

COVIELLE.- Comment?

MONSIEUR JOURDAIN.- Il y a de sottes gens qui me veulent dire qu'il a été marchand.

COVIELLE.- Lui marchand! C'est pure médisance, il ne l'a jamais été. Tout ce qu'il faisait, c'est qu'il était fort obligeant, fort officieux; et comme il se connaissait fort bien en étoffes, il en allait choisir de tous les côtés, les faisait apporter chez lui, et en donnait à ses amis pour de l'argent.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je suis ravi de vous connaître, afin que vous rendiez ce témoignage-là que mon père était gentilhomme.

COVIELLE.- Je le soutiendrai devant tout le monde.

MONSIEUR JOURDAIN.- Vous m'obligerez. Quel sujet vous amène?

COVIELLE.- Depuis avoir connu feu Monsieur votre père honnête gentilhomme, comme je vous ai dit, j'ai voyagé par tout le monde.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par tout le monde!

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Je pense qu'il y a bien loin en ce pays-là.

COVIELLE.- Assurément. Je ne suis revenu de tous mes longs voyages que depuis quatre jours; et par l'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche, je viens vous annoncer la meilleure nouvelle du monde.

MONSIEUR JOURDAIN.- Quelle?

COVIELLE.- Vous savez que le fils du Grand Turc est ici?

MONSIEUR JOURDAIN.- Moi? Non.

COVIELLE.- Comment! Il a un train tout à fait magnifique; tout le monde le va voir, et il a été reçu en ce pays comme un seigneur d'importance.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par ma foi, je ne savais pas cela.

COVIELLE.- Ce qu'il y a d'avantageux pour vous, c'est qu'il est amoureux de votre fille.

MONSIEUR JOURDAIN.- Le fils du Grand Turc?

COVIELLE.- Oui; et il veut être votre gendre.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mon gendre, le fils du Grand Turc!

COVIELLE.- Le fils du Grand Turc votre gendre. Comme je le fus voir, et que j'entends parfaitement sa langue, il s'entretint avec moi; et après quelques autres discours, il me dit. Acciam croc soler ouch alla moustaph gidelum amanahem varahini oussere carbulath, c'est-à-dire; "N'as-tu point vu une jeune belle personne, qui est la fille de Monsieur Jourdain, gentilhomme parisien*?"

MONSIEUR JOURDAIN.- Le fils du Grand Turc dit cela de moi?

COVIELLE.- Oui. Comme je lui eus répondu que je vous connaissais particulièrement, et que j'avais vu votre fille: "Ah, me dit-il, marababa sahem"; c'est-à-dire, "Ah que je suis amoureux d'elle!"

MONSIEUR JOURDAIN.- Marababa sahem veut dire "Ah que je suis amoureux d'elle"?

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Par ma foi, vous faites bien de me le dire, car pour moi je n'aurais jamais cru que marababa sahem eût voulu dire, "Ah que je suis amoureux d'elle!" Voilà une langue admirable, que ce turc!

COVIELLE.- Plus admirable qu'on ne peut croire. Savez-vous bien ce que veut dire cacaracamouchen?

MONSIEUR JOURDAIN.- Cacaracamouchen? Non.

COVIELLE.- C'est-à-dire, "Ma chère âme."

MONSIEUR JOURDAIN.- Cacaracamouchen veut dire, "ma chère âme"?

COVIELLE.- Oui.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà qui est merveilleux! Cacaracamouchen, "Ma chère âme." Dirait-on jamais cela? Voilà qui me confond.

COVIELLE.- Enfin, pour achever mon ambassade, il vient vous demander votre fille en mariage; et pour avoir un beau-père qui soit digne de lui, il veut vous faire mamamouchi, qui est une certaine grande dignité de son pays.

MONSIEUR JOURDAIN.- Mamamouchi?

COVIELLE.- Oui, Mamamouchi: c'est-à-dire en notre langue, paladin*. Paladin, ce sont de ces anciens... Paladin enfin. Il n'y a rien de plus noble que cela dans le monde; et vous irez de pair avec les plus grands seigneurs de la terre.

MONSIEUR JOURDAIN.- Le fils du Grand Turc m'honore beaucoup, et je vous prie de me mener chez lui, pour lui en faire* mes remerciements.

COVIELLE.- Comment? le voilà qui va venir ici.

MONSIEUR JOURDAIN.- Il va venir ici?

COVIELLE.- Oui; et il amène toutes choses pour la cérémonie de votre dignité.

MONSIEUR JOURDAIN.- Voilà qui est bien prompt.

COVIELLE.- Son amour ne peut souffrir aucun retardement.

MONSIEUR JOURDAIN.- Tout ce qui m'embarrasse ici, c'est que ma fille est une opiniâtre, qui s'est allée mettre dans la tête un certain Cléonte, et elle jure de n'épouser personne que celui-là.

COVIELLE.- Elle changera de sentiment, quand elle verra le fils du Grand Turc; et puis il se rencontre ici une aventure merveilleuse, c'est que le fils du Grand Turc ressemble à ce Cléonte, à peu de chose près. Je viens de le voir, on me l'a montré; et l'amour qu'elle a pour l'un, pourra passer aisément à l'autre, et... Je l'entends venir; le voilà.

Quelle ruse est utilisée par Cléonte et Covielle pour flatter M. Jourdain ?
Quelle ambition de la bourgeoisie est montrée dans cette pièce ?
Par quels moyens peut-ele y parvenir ?