Censure et "bourrage de crâne"

 3 décembre 1917

La censure, tu le sais, est impitoyable ici et certains pauvres poilus ont appris à leurs dépens qu'ils ne devaient pas avoir la langue trop longue, ni même recevoir des lettres (qui sont d'ailleurs supprimées) sur lesquelles les parents ont souvent aussi la langue trop longue. C'est révoltant mais c'est ainsi. Il semblerait qu'une lettre est une chose sacrée, il n'en est rien. Sois donc prudente, ma chérie, et si tu veux que je reçoive toutes tes lettres, ne me parle pas de la guerre. Contente-toi de me parler de notre grand amour, cela vaut beaucoup plus que tout.
Gros bécot,

Henri Bouvard

Document 1 : Lettre d'un soldat à sa femme, 1917.

 Pour les éditions spéciales :

(...) - Ne pas permettre à un journal de publier plus d'éditions qu'en temps de paix.
- Interdiction de crier les journaux sur la voie publique même par leur titre.
- Suppression des manchettes sensationelles : le titre des articles est limité à la longueur de deux colonnes:

Principes généraux de censure :

(...) - Censurer les articles de fonds attaquant violemment le gouvernement, le parlement ou les chefs de l'armée.
- Ne pas permettre les récits d'atrocités allemandes qui risquent, en terrorisant les populations, de provoquer les exodes les plus lamentables.
Extraits de la circulaire du 19 septembre 1914, Archives du service historique de l'armée de terre.


Document 2 : Consignes pour la censure en France pendant la guerre.

Les balles allemandes ne tuent pas. Nos soldats ont pris l'habitude des balles allemandes...
Et l'inefficacité des projectiles est l'objet de toutes les conversations.
L'intransigeant, 17 août 1914.

A part cinq minutes par mois, le danger est très minime, même dans les situations critiques. Je ne sais comment je me passerai de cette vie quand la guerre sera finie.
Un "témoignage" de poilu présenté par Le Petit Parisien, 22 mai 1915.

Le fait est que certains abris de Verdun étaient relativement confortables : chauffage central et électricité, s'il vous plaît, et que l'on ne s'y ennuyait pas trop.
Le Petit Journal, 1 mars 1916.


Document 3 : Le front décrit dans la presse.

 Le 13 novembre 1916
Chers parents
(...) Il y a beaucoup de poilus qui se font évacuer encore aujourd'hui pour pieds gelés. Quant aux miens, ils ne veulent pas geler malheureusement car je voudrais bien une évacuation aussi. Il n'y fait pas bon ici en arrière : ce sont les avions qui font des ravages terribles et en avant c'est loin de marcher comme les journaux vous annoncent. Ceux-ci sont des bourreurs de crâne pour encourager le civil, n'y croyez rien, comme je vous ai déjà dit c'est la guerre d'usure en bonhommes, en tout. Je termine pour aujourd'hui en vous embrassant de grand coeur.
Votre fils dévoué,

Auxence

Document 4 : Lettre d'un soldat à ses parents, 1916.

QUESTIONS : (8 points)
Document 1 :
En quoi consiste la censure d'après ce texte ? Quelle est la recommandation du soldat à sa femme pour que les lettres entre eux puissent circuler ? (2 points)
Document 2 :
Quels sont les sujets sur lesquels les journaux ne doivent pas publier d'articles ? (2 points)
Documents 3 et 4 :
Dans le document 3, quelle image du front les journaux veulent-ils donner ? Pourquoi ?
Relevez les contradictions entre les documents 3 et 4 (2 points)

PARAGRAPHE ARGUMENTE : (10 points)
A l'aide de vos réponses aux questions et de vos connaissances, rédigez un paragraphe d'une vingtaine de lignes dans lequel vous montrerez la censure et le bourrage de crâne, ainsi que les raisons pour lesquelles ils sont mis en place.
Soignez l'orthographe et la rédaction. (2 points)